• Ghost Runner

Mon Pays C'est l'Hiver…!

Diaphane.

11 Avril 2020


C’est le mois d’Avril. C’est le printemps. La neige fond. Les bourgeons apparaissent à la pointe des branches. L’air se réchauffe. Le soleil nous fait sentir la chaleur de ses rayons. Les lacs et les rivières reprennent leur cours et leurs mouvements. Les humains sortent de leurs tanières. Mais mon pays, ce n’est pas un pays, c’est définitivement l’hiver comme disait l’autre. Dans ce pays qui est le mien, les saisons jouent à la chaise musicale. En ce mois d’Avril plus que printanier, c’est aujourd’hui le retour de la neige. Surprise! Ce magnifique manteau blanc est réapparu ce matin. Que dire, sinon que c’est tout simplement majestueux. Depuis hier, il neige. Je ne tiens donc plus en place. Ce matin à la sortie du lit, je devais avoir trois ans d’âge mental en regardant dehors. Tout mon monde était redevenu blanc. J’ai englouti un café et quelques gorgées d’eau. J’ai chaussé mes chaussures de course, mes guêtres, mon sac à dos avec mes raquettes de course et mes bâtons. Puis j’ai plongé pieds devant dans ce monde fabuleux qui est le nôtre.



Étrangement, c’était ma première sortie de la sorte cette hiver. Alors qu’en temps normal, je cours ce merveilleux univers tous les jours. Peu importe le temps, la température, ou mon état d’esprit, ou même l’état d’esprit des autres. Mais l’hiver qui vient de s’écouler s’est avéré différent des précédents à cause d’une triste blessure.

(En Lien : https://www.ghostrunnerblog.com/post/le-triangle-des-bermudes )

C’est pourquoi cette sortie prend des proportions énormes pour le coureur de sentiers que je suis.

Après seulement quelques pas dans cette neige toute neuve, mon œil et mon esprit ont déjà la certitude que ce sera une fabuleuse sortie, avec de fabuleuses images, avec de fabuleuses lumières et par équation de fabuleuses sensations. Tout était simplement parfait. Le thermomètre indiquait à peine quelques degrés sous zéro. Des sentiers pleins de neige vierge à perte de vue. Ne demandant qu’à être couru par des pieds ne demandant qu’à courir. J’ai démarré en chaussures en gardant les raquettes dans le dos. J’avais envie d’avoir de véritables sensations de course. Sensation qui se sont avérées exquises et réparatrices. Les blessures des derniers mois semblent suivre le bon chemin depuis un moment déjà. C’est un très bon sentiment, du moins un sentiment que j’ai tellement attendu après l’hiver que je viens de passer sur le banc des réservistes. À regarder les autres courir mon monde et ma nature, sans moi.


Au compteur ce matin, deux perdrix, les traces dans la neige de mon « Dude » le chevreuil qui ne savait pas que j’allais passer et une odeur flottante de moufette. La moufette qui, elle, connait bien le concept de distanciation sociale et respecte parfaitement les consignes. Les arbres sont gorgés de neige. Chaque branche est revêtue de blanc. Comme si toutes les épinettes s’étaient déguisées ce matin. Tous dans un nouveau costume diaphane, pour un évènement grandiose. Je savoure chaque pas ou ma foulée s’enfonce dans l’épaisseur de neige. Chaque rafale de vent fait tomber des murs de neiges des arbres devant moi que je traverse comme on traverse une chute d’eau en été. Bref tout est là. Même moi j’y suis. Et j’en suis plutôt heureux. Revoir ma nature, la courir de nouveau. Puis, je ne peux résister, à la croisée des chemins, je bifurque dans un secteur ou presque personne n’est passé de tout l’hiver. Ce genre de secteur ou en temps normal je suis seul à m’élancer, à m’aventurer. Avant, pendant, et après une tempête de neige. Pour être le premier à laisser sa trace, pour être le premier à redécouvrir un nouveau monde. Je veux aller voir ces lieux qui m’ont probablement déjà oublié. Je chausse les raquettes de course. C’est comme si j’étais né avec elles aux pieds, je les aime d’amour. Je suis là, courant, sur les pistes de mes ancêtres coureurs des bois. Nous avons couru dans les mêmes forêts, traversé les mêmes lacs gelés, les mêmes rivières, les mêmes rapides, le même monde, la même nature et côtoyé les mêmes éléments. Je cours en homme libre, en coureur libre comme eux. C’est une pensée extraordinaire qui me revient régulièrement. Et qui m’envoûte toujours à chaque fois. Nous sommes un peuple de coureur des bois et nous le resterons, c’est définitivement dans notre ADN.



Je me surprends à prendre de la vitesse en descente, comme j’aime le faire depuis toujours, depuis enfant. Surtout sur la neige. Et puis à un moment se prendre les raquettes dans un obstacle quelconque, faire un plongeon dans cette pente descendante, un vol plané et atterrir face première, sur le ventre dans une descente fulgurante et glisser sur quelques mètres. Relever la tête, pleine de neige, puis exploser de rire. Rire à gorge déployée seul dans la forêt. Avez-vous déjà éclaté de rire seul dans le silence assourdissant de la forêt? C’est simplement fabuleux. C’est certainement de bon cœur, un rire solitaire au milieu de nulle part ne peut être que de bon coeur. Aujourd’hui, en une seule sortie, j’ai couru pour un hiver entier. J’ai couru en homme libre encore une fois de plus. Je souhaite à tout être humain de pouvoir un jour toucher à ce sentiment. Ce sentiment qui doit s’apparenter à celui de l’amour. Puisque qu’il n’y a que quand tu l’atteins réellement, que tu sais que tu y es vraiment.

Je me sens choyé de vivre dans ce monde qui est le mien. Vivre dans mes sentiers, dans ma forêt, dans ma nature, sur ma terre, sur ma planète. Oui je m’approprie toutes ces choses. Elles sont à moi. Et je crois profondément que tout homme devrait en faire autant. Puisque tous et chacun dans nos vies respectives, avons quotidiennement des preuves que l’être humain dans toute sa bêtise ne fait attention uniquement qu’à ce qui lui appartient, qu’à ce qu’il possède et au diable le reste. Le bien d’autrui n’a plus d’importance. Alors tout ceci est à moi comme à vous. Il n’en tient qu’à nous de prendre soin de ce qui nous appartient. En Norvège, il existe une loi qui se nomme « Le Droit d’Accès à la Nature » qui donne le droit à tous et chacun de circuler sur l’ensemble du territoire, sur tout ce qui n’est pas nommés terres cultivées. Et ce tant et aussi longtemps que chacun respecte la nature et le lieu ou il circule. Ce n’est qu’une question de respect. Respecte-toi toi-même et les autres te respecteront. Respecte ton monde et ton monde te respectera en retour. C’est tout simplement une façon de présenter les choses, qui responsabilise l’humain face au monde qui l’entoure. C’est un mode de pensée, une culture, une éducation. Soyons tous propriétaire de cette fabuleuse nature, de ce monde qui ne cesse de m’éblouir tous les jours. Soyons donc tous ensemble propriétaire de notre monde et de toutes ses merveilles et courons librement. En être humain libre dans ce monde qui est à nous tous.

(En Lien : https://www.ghostrunnerblog.com/post/le-contexte )


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